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Protection des personnes

La foudre en période de vacances

 

Docteur Elisabeth GOURBIÈRE, membre de l’Association Protection Foudre médecin attaché au Service des Etudes Médicales d’Electricité de France et Gaz de France

1) LE FOUDROIEMENT HUMAIN :

10% des foudroyés décèdent et la majorité des survivants ont des séquelles permanentes

Les effets de la foudre sur l’homme sont connus d’une minorité de spécialistes : les chercheurs en électropathologie (disséminés dans différents pays) et les réanimateurs / urgentistes (beaucoup plus nombreux).

Longtemps associée à des origines divines, la foudre est aujourd’hui encore empreinte de croyances mythiques et d’idées reçues, entretenant la méconnaissance de ce phénomène.

Chaque année, en France, au moins une centaine de personnes sont foudroyées ; les victimes sont des adolescents ou adultes jeunes, de sexe masculin, pour la plupart.

Ce chiffre n’est pas négligeable pour un pays au climat tempéré, tel que la France.

Les foudroiements sont globalement graves : 10% des victimes décèdent, plus de 70% des survivants ont des séquelles permanentes et invalidantes.

Le foudroyé subit des lésions complexes par :

1) électrisation (passage de courant à travers le corps). Bien que la plus grande partie du courant passe en surface du corps, sous forme d’un arc de contournement, l’énergie du courant traversant le corps peut être suffisante pour entraîner des perturbations cardio-vasculaires et neurologiques graves, éventuellement mortelles (décès par électrocution).

2) explosion ou blast

3) traumatismes associés (projection et chute)

4) et choc psychologique hors du commun

En France, les foudroiements de personnes se produisent généralement :

- en plein air, à distance des zones d’habitation, à la campagne ou en montagne, mais aussi sur des plans d’eau

- au cours d’activités sportives et de loisirs (promenades, randonnées...) ou lors d’activités banales de la vie quotidienne, et plus rarement au cours d’activités professionnelles (agriculture, bâtiment)

- pendant les deux mois les plus orageux de l’année (juillet et août) qui sont aussi les mois de vacances

- avec prédilection dans les zones qui reçoivent le plus d’impacts au sol, soit approximativement au sud d’une ligne reliant Bordeaux et Strasbourg (surtout dans le sud-est)

Le plus souvent, la foudre atteint une personne isolée, mais il peut arriver que des groupes entiers soient foudroyés ; le foudroiement revêt alors les caractéristiques d’une catastrophe médicale.

Les complications des foudroiements sont multiples.

Les plus typiques sont

- les troubles du rythme cardiaque (dont la fibrillation ventriculaire, cause principale de décès),

- les troubles de la conscience et de la mémoire,

- les lésions des organes internes (hémorragies) dans certains cas graves,

- les paralysies des membres s’estompant au bout de quelques minutes ou heures (kéraunoparalysies),

- les douleurs dans les membres traversés par le courant,

- les brûlures presque toujours limitées à la peau aux points d’entrée et sortie du courant,

- le marquage kéraunique fugace (arborescences sous-cutanées) qui pâlit en 48 heures,

- les dommages touchant les vêtements et chaussures (déchiquetés, troués et éjectés du corps), et les objets métalliques portés au contact du corps (fusion parfois complète),

- la perforation des tympans,

- les troubles visuels dus à l’arc de la foudre...

Pour des explications détaillées et une liste complète, consulter l’article joint " Particularités des lésions causées par la foudre ", Gourbière E .

Le problème majeur des foudroiements, hormis les cas malheureusement mortels, est constitué par les séquelles, fréquentes, pas toujours bien reconnues et souvent de traitement difficile.

Les séquelles touchent essentiellement le système nerveux et les organes des sens (oreille et œil). Les séquelles cardiaques sont beaucoup plus rares.

Parmi les séquelles neuropsychiques, les plus typiques et fréquentes sont des douleurs tenaces et même invalidantes au niveau des membres traversés par le courant. On observe parfois des paralysies par atteinte de la moelle épinière.

Les troubles neuropsychologiques sont fréquents : troubles du sommeil, anxiété, irritabilité, fatigue, phobie des orages, troubles de la mémoire et de la concentration, troubles du caractère, troubles dépressifs,...etc. L’ensemble des ces symptômes constitue un syndrome de stress post-traumatique.

Les séquelles oculaires sont à type de rétinite et cataracte, avec diminution de l’acuité visuelle et autres troubles visuels.

Les séquelles auditives consistent en surdité, bourdonnements d’oreille, vertiges.

Quelques complications et séquelles sont illustrées dans deux cas décrits ci-après

Cas 1 :

bulletUn homme de 53 ans descend de sa voiture, il a encore une main sur la carrosserie quand il est foudroyé. Le temps, orageux un quart d’heure plus tôt, est en train de s’éclaircir. La voiture est équipée d’une antenne radio (non rabattue). Tout près de là passe une ligne aérienne de distribution électrique.

La victime a l’impression qu’on lui arrache le bras droit tant la douleur est vive.

Elle a aussi des troubles respiratoires, des palpitations et des troubles sensitifs de la partie gauche du corps. Ces symptômes s’atténuent puis disparaissent en quelques heures.

L’évolution, longue, est émaillée de douleurs articulaires des deux membres supérieurs (surtout le droit), avec complications musculaires à type de tendinite, une diminution de force musculaire, et atrophie des muscles des membres supérieurs. Ces douleurs non calmées par les thérapeutiques habituelles s’inscrivent dans le cadre d’un syndrome de stress post-traumatique. Le retentissement sur la vie familiale et socioprofessionnelle est important. Toute la famille est en réalité impliquée.

Cas 2 :

bulletCet autre cas s’est produit en Italie, au bord de la mer (Adriatique), mais il aurait pu tout aussi bien se produire dans notre pays. Un homme de 48 ans est debout, les deux mains contre son bateau amarré (un petit canot à moteur). Une grue de charriage est entreposée à quelques mètres de là, à côté d’une cabane en tôle métallique. Le temps est ensoleillé, le ciel est bleu malgré quelques nuages sombres encore lointains. Tout à coup, on entend la déflagration d’un coup de tonnerre (l’éclair n’a pas été vu) et l’homme reçoit un coup de masse sur la nuque ; il tombe à genoux au sol (ciment). Il ressent une douleur très vive dans la nuque, et des fourmillements de la nuque aux genoux. Il a des palpitations et se sent soudain complètement épuisé. Il parvient à rentrer chez lui. Il va presque bien. Mais quatre jours plus tard apparaissent les premiers signes d’une atteinte de la moelle épinière (paralysie des membres inférieurs). Une stabilisation des symptômes est observée au bout d’un an. Plus de trois ans après le foudroiement, la victime conserve des troubles permanents de la marche. Le courant de foudre en traversant le corps de cet homme a créé des lésions irréversibles de la moelle que l’on peut détecter sur les images radiologiques (par résonance magnétique nucléaire). Des troubles dépressifs sont aussi notés au cours de l’évolution

Ces deux cas ont posé des problèmes diagnostiques : aucune des deux victimes n’a eu dès le départ un suivi systématique qui aurait permis d’identifier - ou tout au moins soupçonner -la question d’une relation de cause à effet entre leur foudroiement et leurs séquelles.

Remarque importante : en matière de foudroiement, les situations dont on ne se méfie pas (ciel bleu, ou éclaircie de fin d’orage) posent des problèmes difficiles de protection. Dans le cas n°2 (ciel bleu), d’après l’expertise que nous avons demandée, le coup de foudre responsable avait bien été enregistré par le système de détection des orages.

 

2) EN CAS DE FOUDROIEMENT

L’intervention immédiate de témoins (secouristes) relayés par une équipe médicale de réanimation d’urgence est essentielle ; malheureusement les circonstances des foudroiements ne permettent pas toujours de réunir ces conditions. En effet, il n’est pas rare que les foudroiements se produisent dans des zones isolées ou difficiles d’accès (en montagne par exemple), et il n’est pas rare non plus qu’aucun témoin ne soit présent ou en état d’intervenir.

L’idéal est qu’au minimum deux témoins soient en mesure de donner les premiers secours. Celui qui a les meilleures notions de secourisme contrôle l’état de la ou des victimes, l’attention devant être polarisée sur celles qui ont perdu connaissance.

Dans le cas le plus grave d’un arrêt cardiorespiratoire : la survie ou l’absence de séquelles neurologiques graves ne peut être espérée que si une réanimation cardiaque et respiratoire est aussitôt mise en œuvre. Tout foudroyé est jusqu’à preuve du contraire un traumatisé (crâne, rachis), toute manipulation inutile (non vitale) est donc proscrite.

Pendant ce temps un autre témoin alerte les secours médicalisés. Le téléphone portable - dont l’usage n’est pas dangereux par temps d’orage - est d’un grand secours (composer le 112). A partir d’un poste fixe, on compose le 15 (Samu) ou le 18 (pompiers). On rappelle que l’usage du téléphone à fil par temps d’orage est dangereux et ne doit être réservé qu’aux appels d’urgence.

En cas de fibrillation ventriculaire, seule une défibrillation (par choc électrique externe) peut éviter le décès.

Tout foudroyé doit être examiné par un médecin, et transféré dans un hôpital où sont réunis les compétences et les installations indispensables à un bilan complet. Nous conseillons dans tous les cas une surveillance attentive, pendant au moins 24 ou 48 heures (et ce, même si tout va apparemment bien).

Il faut informer les personnes foudroyées, leur famille et leur médecin traitant de la survenue possible, parfois retardée de séquelles neuropsychiques et oculaires. Plus précoce sera la détection des séquelles, meilleures seront les chances d’évolution favorable.

A plus long terme, et même si l’accident initial a été apparemment bénin, tout foudroyé doit bénéficier d’un suivi médical, cardio-vasculaire, neurologique, auditif et oculaire. Un soutien psychologique est souvent nécessaire.

Après le stade de l’urgence et de la réanimation, le foudroyé doit être suivi par une équipe polyvalente informée des complications spécifiques des foudroiements.

Trop souvent encore nous voyons des victimes dont le foudroiement n’est pas reconnu en tant que tel. Cette méconnaissance est un facteur d’aggravation. Une personne foudroyée n’est pas correctement prise en charge si le traumatisme causal initial (la foudre) n’est pas pris en considération.

© E.Gourbière / SEM -

 

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